Intervention de Jean-Luc ROTUREAU auprès du Préfet de Maine et Loire lors de la session du Conseil Départemental du 12 octobre 2020

Monsieur le Préfet,

Ma question portera sur l’élargissement prévu de l’A11 entre les sorties 15 et 17, aux portes d’Angers. Il est en effet prévu de réaliser une troisième voie dans les deux sens. Cofiroute a lancé ses appels d’offre auprès des entreprises pour démarrer de façon imminente la réalisation qui commencera par le doublement du viaduc actuel sur la Maine. Le montant affiché des travaux est de 70 Millions (valeur 2016).

Avec Marie-Hélène CHOUTEAU, nous avons reçu les associations et collectifs qui luttent contre ce projet. Nous sommes en effet élus sur le canton Angers 4 sur lequel une grande partie du projet est prévu.

Dès le 7 mars de cette année, nous lisions dans la presse que pour l’Autorité environnementale ce projet pose question. Bien sûr une concertation publique, très confidentielle, avait bien eu lieu en mars-avril 2018 mais réduite à trois questions qui ne portaient pas sur le pourquoi ou la validité du projet mais uniquement sur ses conséquences, par exemple sur les solutions de déplacement pendant le chantier ou l’information nécessaire quant aux travaux.

C’est assez logique car de fait ce projet a été décidé et déclaré d’intérêt général le 3 Mai 1998 ! Qui s’en souvient parmi nous et surtout le monde n’a-t-il pas changé depuis 22 ans ?

Ce projet semble aujourd’hui une hérésie. D’une part, le besoin n’est absolument pas avéré et ne répond à aucun problème important de circulation. D’autre part, et je parlerai essentiellement du doublement du viaduc, il est une atteinte importante à la protection de la nature, en toute proximité des basses vallées angevines, dans une zone humide faisant l’objet de nombreuses protections, ZNIEFF, NATURA 2000, ENS ici au département… Nous sommes là à deux pas d’un havre de biodiversité. Ce projet est en contradiction totale avec les plans climat déclinés à tous les niveaux, au niveau mondial, Européen, Français : l’objectif est de réduire les effets de serre de 40% d’ici 10 ans, et pour les transports de 25 à 30%….Au niveau local, Angers Loire Métropole l’objectif est aussi de moins 30%.

Alors que des assises de la transition écologique s’ouvrent à Angers Loire Métropole ce mois-ci, que le Pont de Segré, tout proche du futur viaduc a été transformé tout récemment en voie douce, que tous les acteurs semblent se mobiliser pour laisser une planète vivable à nos enfants, que nous parlons régulièrement dans cette enceinte de développement durable, qu’une loi LOM a été votée l’an dernier pour changer nos pratiques des transports, de tels projets routiers sont aujourd’hui décalés !

A l’heure où les besoins d’argent sont phénoménaux pour répondre à l’importante crise que nous traversons, mais aussi par exemple pour construire et réparer des maisons, des Ponts, des liaisons routières minimales, des équipements dans les Alpes Maritimes, ce projet est à mes yeux totalement insensé et ne devrait plus être d’actualité.

Monsieur le Préfet, vous aviez été interrogé au printemps sur ce sujet et vous aviez dit souhaiter un temps supplémentaire de réflexion, lié à la crise sanitaire. J’aimerais savoir où en sont les procédures d’avant construction, notamment en termes d’enquête publique, mais aussi votre point de vue sur ce projet. Je sais que la Ministre Barbara POMPILI a été interpelé mais nous voudrions en savoir plus.

Je vous remercie.

Jean-Luc ROTUREAU